Christian Clot, Explorateur des temps modernes

Christian Clot est explorateur depuis plus de 20 ans. Il fait le tour du globe pour service de la science. Sa spécialité? Les expéditions en milieux hostiles. En 2016 il se lance dans une nouvelle aventure, ADAPTATION — 4×30 jours. Son objectif est de traverser successivement les 4 milieux les plus extrêmes de la planète pour mieux étudier les capacités d’adaptation du corps humain. C’est avec plaisir que nous participons à cette aventure en lui fournissant la meilleure protection solaire possible. Nous avons profité de son retour de Patagonie pour le rencontrer et lui poser quelques questions.

 

Crédit Photo : Les Zeppelins

Bonjour, Christian, pour ceux qui ne te connaissent pas, peux-tu te présenter en quelques mots?

Christian Clot, 44 ans, ça fait maintenant un peu plus de 20 ans que je mène des expéditions dans différents lieux de la planète avec à chaque fois un questionnement scientifique derrière. Il peut être d’ordre géographique ou physique, par exemple en glaciologie ou plutôt orienté autour de la question humaine tel que l’ethnologie ou l’anthropologie. Mais depuis une dizaine d’années maintenant, je consacre toutes mes expéditions à la recherche et à la compréhension de l’adaptation des hommes en milieux hostiles.

Tu te destinais à une carrière de comédien? Comment es-tu devenu aventurier?  

Alors c’est plutôt l’inverse en réalité. Quand j’étais petit, je voulais devenir explorateur, c’était un vrai désir. J’adorais passer mon temps en forêt, au milieu de la nature. Puis en allant à l’école, on nous apprend qu’explorateur ce n’est pas un métier, qu’aujourd’hui on connaissait déjà tout et que du coup il ne reste plus rien à explorer. Je me suis donc tourné vers un autre métier, celui de comédien qui me paraissait plutôt sympa et qui me permettait d’assouvir mes passions de recherche et de découverte. Quelques années plus tard, en faisant le tour du Népal à pied, j’ai rencontré des populations très isolées et qui n’avaient jamais vu d’hommes blancs. Ça a été un véritable déclic. Je me suis aperçu qu’il restait encore des zones à découvrir, j’ai donc abandonné ma carrière de comédien pour redevenir ce que je faisais quand j’étais enfant, à savoir explorer.

Avant de partir en expédition, est-ce que tu suis une préparation spéciale pour t’acclimater à ton futur environnement?

Oui je me prépare sérieusement. Vouloir être explorateur, c’est une chose, mais le devenir vraiment en est une autre. Au niveau de la condition physique, j’ai toujours fait beaucoup de montagnes donc j’étais plutôt au point de ce côté-là. J’ai ensuite dû aller dans tous les terrains, le désert, la montagne, les forêts ou la mer pour apprendre de ces milieux, essayer de les apprivoiser au maximum. Après au niveau de la connaissance, j’ai dû reprendre plein d’études que je n’avais pas vraiment faites ou mal écoutées à l’école (rire). J’ai suivi des cours de langues, de géographie, de physique et puis je les ai complétés avec des connaissances en neuroscience et en physiologies indispensables pour mes expéditions.

Récemment tu as donc commencé une nouvelle aventure en solitaire, Adaptation 4X30 jours, peux-tu nous en parler?

Comme je te disais, cela fait maintenant une dizaine d’années que je travaille autour de la résistance de l’homme face à une situation de crise. J’ai longtemps travaillé sur l’aspect psychologique, mais il me manquait un aspect fondamental : savoir comment le cerveau humain est capable de s’adapter à ces situations. En 2014, j’ai donc décidé de monter cette expédition pour effectuer de nouvelles recherches. L’objectif est de comprendre comment le système cognitif va s’adapter face à des situations extrêmes, d'étudier la transformation du cerveau et du corps humain dans ses moments difficiles. J’ai donc imaginé cette expédition qui a pour but d’aller dans les quatre milieux les plus extrêmes de la planète. Le principe est de partir à chaque fois 30 jours pour avoir le temps d'observer une évolution dans le comportement du corps et de la tête.

Et si je ne me trompe pas, tu fais un itinéraire?

Il y a deux raisons à l’itinéraire. La première, c’est l’idée que si je m’installe à un endroit, je pourrais créer une structure qui me permettrait de «mieux vivre», et ce n’est pas tout à fait ce que l’on recherche. En se déplaçant, cela m’oblige à tout le temps me remettre en question. Puis, il y a une deuxième raison, les scientifiques avec qui je travaille et moi même, nous sommes d’accord sur le fait que la notion de motivation est très importante pour s’adapter à une nouvelle situation. Il faut trouver une raison de s’y adapter et quelque part avoir un but, un trajet, un mouvement est une grande source de motivation.

Ta première expédition a eu lieu dans le désert iranien de Dash-e-lut, avec températures avoisinant les 60 °C, peux-tu nous dire quelques mots sur ce voyage?  

D’un point de vue scientifique, il est encore un peu tôt pour tirer des conclusions, car ce sont toujours des analyses à long terme. Il nous aussi faut des éléments de comparaison donc on a besoin des données que j’obtiendrai dans les autres milieux. Mais cela dit, ce qui est intéressant dans un endroit comme le Dasht-E lut, un désert qui est relativement plat et régulier, c'est qu’il y a des variations bien précises au cours d'une journée : un peu de fraîcheur le matin, une montée en température extrême pendant la journée puis une accalmie le soir avec des nuits relativement fraîches, autour de 25 ° C. Cela permet à l’humain d’avoir une adaptation relativement rapide, car il peut se fixer des objectifs à court terme. Si on est très mal pendant un certain temps notamment en milieux de journées, on sait que cela va s’arrêter dans quelques heures, on peut donc se projeter. Alors que dans un milieu comme la Patagonie où tout est toujours changeant, on ne peut pas se projeter de la même manière.  

Tu as été interrompu après 20 jours par les services secrets iraniens, j’imagine ta surprise quand tu les as vus arriver?
Oui, le Dasht-E lut est situé à la frontière iranienne et Pakistano-Afghan, or lorsque j’étais sur place, il y a malheureusement eu une forte activité des talibans entre ces deux pays, dans la zone où je me situé. Certains ont essayé de traverser l’Iran pour se rendre en Syrie. Pour cela, ils ont voulu traverser le désert en Jeep et les autorités iraniennes un peu par hasard certainement m’ont intercepté. J’ai été obligé d’interrompre l’expédition par mesure de sécurité, pour éviter que je fasse une mauvaise rencontre.

Tu viens de terminer ta seconde expédition au cœur de la Patagonie, un des rares lieux où l’humidité peut être élevée et les températures négatives, comment cela s’est-il passé? Était-ce plus difficile que l’Iran?

Effectivement, ce milieu s’est avéré plus compliqué que le désert. Les pics extrêmes sont un peu moins violents, mais il y a cette fameuse irrégularité du climat qui est très difficile à gérer surtout en kayak. Les conditions de navigation étaient très incertaines. Je pouvais partir le matin par un temps assez calme et en quelques minutes, des vents très violents se levaient. On est obligé de raisonner en temps présent et cela créer une grande difficulté à l’adaptation humaine. Notamment pour nous, les occidentaux qui avons une forte tendance à toujours vouloir se projeter sur le long terme. Là, il faut réapprendre à accepter qu’on soit qu’un élément parmi ces univers démesurés et cela demande de fonctionner à plein régime en permanence.

Donc à votre avis, c’est le milieu qui risque d’être le plus éprouvant dans lequel vous allez évoluer?

Je ne sais pas si ça va être le plus éprouvant, en tout cas c’est celui qui cognitivement est le plus fatigant. On doit toujours être à l’écoute et donc toujours en sur régime, là où dans les autres milieux on peut parfois baisser ça garde. Mais ça va être intéressant de comparer avec l’Amazonie. Si le climat est relativement stable dans ce milieu, il va falloir faire face à une faune et une flore beaucoup plus hostile, ce qui peut créer une certaine tension qui va être intéressante à étudier.

Quel type de données récoltes-tu sur le terrain? Comment procèdes-tu?

Il y a trois types de données différentes. Il y a les données objectives avec des appareils qui mesurent par exemple mon activité cardiaque, mon activité physiologique ou cognitive. Puis une deuxième catégorie de travaux qui vont s’apparenter à des questionnaires par rapport à ce que je vis dans le milieu. Comment est-ce que je ressens les choses sur place? Puis il y a un troisième type de données qui vont être des données physiques du terrain, comme la météo. En combinant toutes ces données et avec l’aide des différents chercheurs et laboratoires qui participent à l’aventure, on va faire des corrélations entre tous ces éléments.

Malgré la difficulté de ces expéditions, tu dois traverser des paysages magnifiques, est-ce que tu as le temps d’en profiter? Est un moyen de se réconforter ou la lutte pour la survie ne laisse pas de temps de penser à cela?

Au contraire, c’est ici que réside toute la force de l’extrême. Dans le cadre des milieux que je traverse, il y a aussi beaucoup de beauté et d’émerveillement. C’est aussi une des forces de l’adaptation, c’est quand on est de nouveau capable de s’émerveiller des lieux. C’est-à-dire qu’au début, la plupart du temps, la violence de ces milieux et de leur impact crée plutôt un sentiment négatif, on a du mal à les apprécier. Et un des marqueurs d’adaptations, c’est quand on recommence à regarder ces milieux pour ce qu’ils sont. Des milieux magnifiques, absolument pas humanisés, une nature à l’état brut sans aucune modification.

Nous sommes très fiers que tu aies choisi Vuarnet pour t’accompagner dans ces expéditions, quelle est ton appréciation sur nos produits ? Ont-ils résisté aux températures extrêmes?

Je suis également très heureux de pouvoir compter sur Vuarnet pour m’accompagner. C’est un matériel qui m’a surpris en bien, notamment dans le désert. Il y a eu plusieurs tempêtes violentes avec des projections de pierres et une fois, il y en a une qui m’a frappé en plein visage, au niveau des yeux. Elle a violemment heurté les lunettes, mais sans qu’elles se cassent. Elles se sont malgré tout légèrement fendues, mais cela a permis de sauver mon œil, ce qui n’est déjà pas si mal ! Je pouvais également les porter lorsqu’il faisait très chaud, un point très positif. Si je les ai un peu moins portées en Patagonie, il y a quand même eu un des jours de beau soleil. Au quotidien, il s’avère que ce sont des lunettes très agréable et facile à porter, qui sont légères et avec un bon maintien.

Enfin, peux-tu nous donner ton vison d’un Vuarnet Day?

Il y en a tellement. Mais ça serait potentiellement au sommet d’une belle montagne qui surplomberait le reste du massif. Idéalement la Cordillère des Andes par ce qu’on a souvent des paysages très variés. En effet du sommet de ces montagnes, on peut apercevoir de grands plateaux, des forêts et divers autres milieux. On a donc l’impression de pouvoir observer le monde entier en un seul coup d’œil.