Portrait de l'illustrateur Florent Manelli

Nous avons profité du retour des beaux jours pour rencontrer Florent Manelli, illustrateur parisien à l’imaginaire pop et coloré. Ce Vuarnet Day est donc l’occasion pour nous de vous faire découvrir cet artiste talentueux en revenant sur la genèse de son projet, son besoin incessant de dessiner et sa fascination pour le portrait.  

Crédit photo: Vincent Perraud

Salut, Florent, pour commencer et pour ceux qui ne te connaissent pas encore, peux-tu te présenter ?

Salut, Tom, j’ai 27 ans, je suis né à Perpignan et je vis à Paris depuis 8 ans. Je travaille dans la communication et à côté de ça je suis illustrateur.

Comment as-tu été introduit au dessin et à l’illustration et pourquoi avoir privilégié ce mode d’expression plutôt qu’un autre ?

J’ai toujours aimé dessiner, créer, gribouiller. Mes premiers cours de dessins, je les ai pris dès mes 6 ans : de grandes feuilles recouvraient les murs de la salle de cours où j’étais et je pouvais dessiner ce que je voulais avec les médiums de mon choix. Ce furent mes premiers plaisirs créatifs, cette première sensation de liberté sur le papier, les odeurs, le toucher et surtout la sensation d’être dans une bulle pendant un instant.

J’ai aussi une mémoire plus visuelle qu’auditive : des images vont davantage me parler que des mots, un tableau davantage qu’un poème, un film plus qu’un livre. J’ai pratiqué beaucoup de disciplines artistiques et étrangement je me suis longtemps refusé à pratiquer le dessin en grandissant. Je trouvais que je n’avais rien à dire par ce biais.

Si je ne me trompe pas, tu as eu un vrai déclic lorsque tu as passé 6 mois à Montréal ?

Effectivement, c’est lors d’un séjour de 6 mois à Montréal en 2013 que l’illustration m’est « tombée » dessus. Je vivais à cette époque dans un loft avec 4 autres personnes, dont une chanteuse, Elena, qui est devenue une amie très proche aujourd’hui. Un soir, on s’est mis à discuter de musique, des arts en général, mais surtout de cette liberté de créer propre à Montréal où n’importe qui ayant une idée, un concept créatif, peut monter son projet sans qu’on lui demande s’il a une formation pour ça, s’il a étudié telle et telle chose.

Cette discussion a été un véritable déclic et je me suis mis à dessiner énormément, comme un besoin et un sentiment d’avoir étouffé ça bien trop longtemps. J’ai continué, mon style a évolué au fil des mois, j’ai fait ma première exposition dans le loft dans lequel je vivais quelques jours avant de quitter Montréal et l’énergie que m’a donnée cette ville, je l’ai ramenée dans mes valises en France.

Quelles importances accordes-tu aux voyages ? De partir à la découverte de nouveaux lieux, de nouvelles cultures ?

Montréal m’a apporté bien plus que n’importe quelle ville dans laquelle j’ai pu vivre. Elle m’a donné ce goût de liberté qu’il me manquait pour me lancer pleinement dans mon art, dans ma vie, de prendre confiance, de m'écouter et me découvrir.

Les voyages sont des moments "d’inconfort nécessaire" pour moi. Je suis plutôt quelqu’un d’anxieux, j’aime avoir mes repères et mes habitudes, mais je sais que ce n’est qu’en voyageant, en découvrant de nouvelles cultures, que l’on change, que l’on s’ouvre au monde, aux autres et à soi-même. Chaque voyage dans ma vie a apporté quelque chose de nouveau à mon style sans le transformer totalement.

Les portraits sont extrêmement présents dans ton travail, peux-tu nous parler de cette obsession ?

Les visages me fascinent. Nous sommes tous différents, chacun de nos traits nous rend uniques et la diversité des visages me subjugue. Notre visage nous définit en tant que personne même si c’est simplement une enveloppe, il est ce qui nous différencie, d’un point de vue purement visuel, de l’autre. Moi qui suis un fervent défenseur de la différence et de l’acceptation de cette différence, le portrait est un sujet idéal pour ça.

J’aime aussi les « gueules cassées », les visages moins communs, ils sont plus intéressants à dessiner parce que non symétriques et sortant des normes auxquelles nous sommes habitués et que l’on voit dans les médias et la publicité. C’est probablement cette différence qui me plaît. Rossy de Palma ou Rick Owens ont des visages que je pourrais scruter pendant de longues minutes.

D’ailleurs, quels sont les artistes ou les courants artistiques qui t’inspirent le plus ?

Pour ce qui est de mes influences, je suis un grand fan d’Andy Warhol. Ses œuvres ont été un vrai coup de foudre visuel vers 13-14 ans. Il m’a amené à m’intéresser, par la suite, de façon plus générale au Pop Art, puis à d’autres courants comme le surréalisme, le réalisme, le cubisme. Et à d’autres artistes visuels comme Keith Haring, Basquiat, Frida Kahlo, David Hockney, Jean Cocteau, etc. Son rapport à l’art visuel est incroyable tout comme le mystère du personnage qu’il s’est créé. Il y a aussi toute une clique d’illustrateurs sur Instagram qui m’inspirent également de Ricardo Cavolo, à Carla Fuentes sans oublier Luke Edward Hall et Inès Longevial.

Quels sont tes projets en ce moment ? Et où est-ce que l’on peut voir ton travail ?

Je participe à une exposition collective à la galerie Vitrine 65 (Paris 3e) du 10 au 20 mai. Je planche également depuis un moment sur une série de portraits que j’aimerais faire sur les militants du mouvement LGBT et pourquoi pas les exposer. Je suis en train de lire des livres sur le sujet et de me créer une banque d’images. Je pense que cela viendra pour la rentrée. Pour ce qui est de mon travail, tu peux le retrouver sur Instagram ou mon site web.

Enfin, une dernière question, peux-tu nous donner ta vision d’un Vuarnet Day ?

Un matin d’hiver ensoleillé, froid et sec. Je bois un café en écoutant Amy Winehouse et je cherche des visages à dessiner sur internet. Puis je finis par sortir de chez moi pour prendre l’air et acheter du matériel de dessin. Ma tête fourmille d’idées et je termine ma journée autour d’un bon repas en buvant de vin rouge avec mes potes !